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Nutrition trail : le guide complet avant, pendant, après

  • Arthur Roux
  • il y a 3 jours
  • 9 min de lecture

Résumé

La nutrition trail se joue avant, pendant et après la course. Voici l'essentiel :

  • Avant la course : on charge en glucides sur les 2-3 derniers jours, on mange un repas simple et connu 2-3h avant le départ.

  • Pendant l'effort : 30 à 90 g de glucides par heure selon la durée, avec un mélange glucose-fructose au-delà de 60 g/h.

  • Hydratation : on boit selon la soif, avec 300 à 600 mg de sodium par heure pour éviter l'hyponatrémie.

  • Sur ultra-trail : on alterne solide et liquide, on gère le sel de façon rigoureuse, et on prévoit une stratégie spécifique pour la nuit.

  • Après l'effort : protéines + glucides dans l'heure qui suit, puis un repas complet dans les 2 à 4h.

  • Erreurs classiques : tester du nouveau le jour J, sous-manger sur les longues distances, négliger le dénivelé qui ralentit la digestion.

On reste factuel : ce qui suit s'appuie sur les repères de l'ACSM, de l'ISSN et de la littérature scientifique récente sur l'ultra-endurance. Chaque organisme est différent, ces chiffres sont des points de départ à ajuster à l'entraînement, pas des dogmes d'après le coach trail.


Besoins caloriques et glucidiques selon la distance

Le trail n'est pas une course uniforme. Un trail court se gère presque comme une course sur route, un ultra demande une vraie stratégie alimentaire de plusieurs heures. Voici les repères par catégorie de distance.

Distance / durée

Dépense énergétique estimée

Glucides recommandés

Hydratation

Trail court (< 2h)

600 à 1000 kcal

30 à 60 g/h (au-delà de 45-60 min)

400 à 600 ml/h, eau suffisante

Trail moyen (2 à 6h)

1200 à 3000 kcal

60 à 90 g/h, mélange glucose-fructose

500 à 750 ml/h + 300-500 mg sodium/h

Ultra-trail (> 6h)

3000 à 8000+ kcal selon durée et dénivelé

60 à 90 g/h (jusqu'à 90-120 g/h chez les athlètes entraînés)

selon soif + 300 à 600 mg sodium/h, davantage par forte chaleur

Quelques précisions utiles :

  • En dessous de 60-75 minutes d'effort, l'apport en glucides pendant la course n'est généralement pas nécessaire. L'organisme puise sur ses réserves.

  • Passé 2h30, un seul type de sucre (glucose ou maltodextrine) plafonne l'absorption intestinale autour de 60 g/h. Pour aller au-delà, il faut associer glucose et fructose, en général selon un ratio de 2 pour 1.

  • Sur un ultra-trail, la dépense réelle dépend énormément du dénivelé positif. Deux courses de 60 km avec 1000 m D+ et 4000 m D+ n'ont rien à voir en termes de besoins.

Ces chiffres restent des moyennes de population. La tolérance digestive individuelle varie fortement, et c'est justement l'un des points qu'on travaille à l'entraînement.


Stratégie nutritionnelle avant la course

J-3 à J-1 : la charge glucidique

Les 2 à 3 jours avant une course de plus de 2h, on augmente progressivement la part de glucides dans l'alimentation :

  • Riz, pâtes, pain, pommes de terre à chaque repas.

  • On réduit un peu les fibres et les crudités les 24-48h avant, pour limiter le risque de troubles digestifs le jour J.

  • On maintient une hydratation régulière, sans excès non plus : boire un litre supplémentaire la veille au soir ne sert à rien de particulier.

  • On évite tout aliment nouveau. La charge glucidique se fait avec des aliments qu'on connaît déjà.

Sur un format court (moins de 2h), une vraie charge glucidique n'est pas indispensable. Elle prend tout son sens à partir du trail moyen et surtout sur l'ultra-trail.


Le repas d'avant course

Le repas pris 2 à 3 heures avant le départ doit être :

  • Riche en glucides simples et complexes : pâtes blanches, riz, pain, compote, un peu de miel.

  • Pauvre en fibres et en graisses pour limiter la digestion lente et l'inconfort intestinal.

  • Modéré en protéines, pas besoin d'un steak la veille du départ.

  • Familier. C'est le pire moment pour tester une nouvelle recette ou un nouveau produit.

Si le départ est très matinal (courses ultra qui partent à 4h ou 5h), un petit-déjeuner léger 1h30 avant peut suffire, complété par une collation glucidique juste avant le sas de départ.


Pendant l'effort : glucides, hydratation, dénivelé et altitude

Glucides par heure selon l'intensité et la durée

C'est le cœur de la nutrition trail. Les repères généralement admis :

  • Effort < 1h : pas d'apport nécessaire, sauf sensation de fringale.

  • 1h à 2h30 : 30 à 60 g/h, une seule source de glucides suffit (gel, barre, boisson).

  • > 2h30, format ultra-trail : 60 à 90 g/h, avec mélange glucose-fructose pour optimiser l'absorption intestinale.

  • Athlètes très entraînés sur ultra : jusqu'à 90-120 g/h, mais ça se travaille à l'entraînement, ça ne s'improvise pas le jour de la course.

En pratique, on répartit ces apports toutes les 20 à 30 minutes plutôt qu'en une seule prise. L'estomac tolère mieux de petites quantités régulières qu'un gros apport ponctuel.


Hydratation et électrolytes

La règle de base : boire selon la soif, pas selon un planning rigide. Boire trop est aussi dangereux que boire trop peu.

  • 300 à 600 mg de sodium par heure est la fourchette généralement recommandée pour prévenir l'hyponatrémie, la principale limite étant la surhydratation plus que le manque de sel.

  • Par forte chaleur ou pour les "gros sueurs salés" (dépôts blancs sur la casquette ou le tee-shirt), ces apports peuvent monter jusqu'à 700-1000 mg/h.

  • Les pastilles de sel seules, sans liquide, ne servent à rien : le sodium a besoin d'eau pour être absorbé et jouer son rôle.

  • Un signe d'alerte à surveiller : nausées, confusion, gonflement des mains en fin de course. Ça peut signaler une hyponatrémie, pas juste de la fatigue.


Dénivelé, altitude et digestion

Le dénivelé positif ralentit fortement la vidange gastrique. En montée soutenue, le sang est redirigé vers les muscles actifs au détriment du système digestif.

  • Sur les longues montées, on privilégie les apports liquides (boisson énergétique, gel dilué) plutôt que le solide, plus difficile à digérer à l'effort.

  • On profite des sections plates ou en descente pour manger du solide, l'estomac tolère mieux ces moments.

  • En altitude (au-delà de 2000-2500 m), l'appétit diminue naturellement et les troubles digestifs sont plus fréquents. On force un peu les apports par petites prises, même sans faim.

  • Le froid en altitude peut aussi geler les boissons ou solidifier les gels : sur les ultra-trails en montagne, on prévoit des produits adaptés au froid ou on les garde près du corps.


Après l'effort : la récupération

La fenêtre des 30 à 60 minutes qui suit l'arrivée compte, sans pour autant être une obsession absolue.

  • Glucides + protéines dans un ratio proche de 3 pour 1 (par exemple un lait chocolaté, une banane avec un yaourt, une boisson de récupération).

  • Réhydratation progressive, en réintégrant du sel (bouillon, eau minérale riche en sodium).

  • Repas complet dans les 2 à 4h suivant l'arrivée : protéines, glucides complexes, légumes.

  • Sur un ultra-trail long, l'appétit peut être coupé pendant plusieurs heures après l'arrivée. Dans ce cas, on privilégie des apports liquides faciles à avaler avant de passer au solide.


Erreurs fréquentes à éviter

  • Tester une nouveauté le jour de la course : gel jamais goûté, nouvelle marque de barre, nouveau petit-déjeuner. La règle d'or reste "rien de nouveau le jour J".

  • Sous-manger sur les longues distances : beaucoup de coureurs mangent nettement moins que leurs besoins réels sur ultra-trail, par manque d'appétit ou par peur des troubles digestifs. Résultat : coup de mou, baisse de lucidité, voire abandon.

  • Ignorer le ravitaillement des courses : ne pas savoir ce qui est proposé sur le parcours (solide, liquide, sel) et arriver sans plan B.

  • Boire trop d'eau plate sans sodium : ça dilue le sodium sanguin et augmente le risque d'hyponatrémie, surtout sur les efforts de plusieurs heures.

  • Négliger l'entraînement digestif : la tolérance intestinale aux glucides à haute dose se travaille à l'entraînement, sur les sorties longues, pas seulement en course.

  • Sauter des prises par manque de faim : sur ultra, la faim disparaît souvent après plusieurs heures. Il faut manger "à l'horloge", pas à la sensation.


Nutrition ultra-trail : spécificités

Sur un format ultra, plusieurs paramètres changent complètement la donne.

Solide vs liquide

  • En début de course, le solide passe généralement bien : barres, fruits secs, sandwichs pris aux ravitaillements.

  • Après plusieurs heures d'effort, la tolérance au solide diminue. On bascule progressivement vers du liquide et du semi-liquide : gels, boissons énergétiques, soupes.

  • Beaucoup d'ultra-traileurs alternent volontairement les textures pour éviter la lassitude gustative, un facteur sous-estimé de sous-alimentation en course.

  • Le salé (bouillon, biscuits apéritifs, fromage) devient souvent plus appétissant que le sucré après plusieurs heures, alors qu'on en a justement besoin.


Sel et électrolytes sur la durée

  • Sur un ultra de plus de 10-12h, les apports sodés doivent être suivis avec rigueur, en particulier par forte chaleur ou en cas de sudation abondante.

  • Les comprimés d'électrolytes en complément de l'alimentation solide et liquide restent l'option la plus fiable pour ajuster les apports sans deviner.

  • Un déficit en sodium se traduit souvent par des crampes récurrentes, une fatigue disproportionnée par rapport à l'allure, ou des nausées en fin de course.


Gestion nocturne

La nuit change la donne sur les ultra de plus de 15-20h :

  • L'appétit chute nettement, la vigilance aussi. On privilégie des apports faciles à avaler, tièdes ou chauds si possible (soupe, thé sucré).

  • La caféine, utilisée avec parcimonie et à des moments stratégiques (jamais en continu), aide à maintenir la vigilance sur les longues nuits d'effort.

  • On prévoit des aliments réconfortants et familiers pour cette période, le moral joue autant que la physiologie à ce moment de la course.

  • Les micro-siestes de quelques minutes à un ravitaillement, quand la course le permet, peuvent parfois valoir plus qu'une prise alimentaire supplémentaire.


3 questions à Arthur Roux, coach trail et kinésithérapeute du sport

Est-ce que la nutrition trail doit être différente pour une femme et un homme ?

Les grands principes restent les mêmes, mais les besoins en fer et la gestion du cycle menstruel méritent une attention particulière chez certaines coureuses, notamment sur les efforts longs. Je recommande d'en parler avec un professionnel de santé si des carences ou des troubles digestifs récurrents sont suspectés.


Un coureur qui a mal au ventre systématiquement en trail, que lui conseillez-vous ?

D'abord, je regarde ce qu'il mange à l'entraînement sur les sorties longues, souvent le problème vient de là : pas assez d'entraînement digestif. Ensuite, on ajuste la texture et la fréquence des prises, en testant en conditions réelles plutôt qu'en course.


Le dénivelé change-t-il vraiment la stratégie alimentaire ?

Oui, clairement. En montée soutenue, je conseille de privilégier le liquide et de garder le solide pour les portions plates ou en descente. C'est un point qu'on travaille beaucoup en préparation, surtout pour les trails de montagne.

Arthur Roux, coach spécialisé trail, running, cyclisme et triathlon, kinésithérapeute du sport.


Mon avis de coach

En dix ans à accompagner des traileurs, la nutrition reste le point le plus souvent négligé à l'entraînement et le plus décisif en course. On voit beaucoup d'athlètes très bien préparés physiquement s'écrouler sur un ultra-trail à cause d'une gestion alimentaire approximative.

Mon conseil principal : testez votre stratégie nutritionnelle sur des sorties longues avant la course, exactement dans les conditions du jour J, avec les mêmes produits et le même timing. La nutrition trail se prépare comme l'entraînement physique, pas au dernier moment. Un plan alimentaire écrit, avec des repères horaires précis, évite beaucoup d'improvisation malheureuse en course.


FAQ

Combien de glucides par heure en trail ?

Entre 30 et 60 g/h pour un effort de moins de 2h30, et jusqu'à 60-90 g/h, voire plus chez les athlètes entraînés, sur les efforts plus longs et sur ultra-trail.


Que manger avant un trail ?

Un repas riche en glucides simples et complexes (pâtes, riz, pain, compote), pauvre en fibres et en graisses, pris 2 à 3h avant le départ, avec des aliments déjà testés à l'entraînement.


Comment éviter les troubles digestifs en trail ?

En entraînant l'intestin sur les sorties longues avec les mêmes produits qu'en course, en fractionnant les prises alimentaires, et en privilégiant le liquide dans les montées.


Quelle quantité de sel prendre en ultra-trail ?

Généralement entre 300 et 600 mg de sodium par heure, davantage par forte chaleur ou pour les coureurs qui transpirent particulièrement salé.


Faut-il manger même sans faim en ultra-trail ?

Oui. Après plusieurs heures d'effort, la faim disparaît souvent alors que les besoins restent réels. Il faut manger "à l'horloge", à intervalles réguliers, plutôt qu'à la sensation.


Quelle différence entre l'alimentation d'un trail court et celle d'un ultra-trail ?

Sur un trail court, l'hydratation et un apport léger en glucides suffisent souvent. Sur ultra-trail, il faut une vraie stratégie horaire, une gestion fine du sel, et une adaptation solide/liquide selon la durée et le dénivelé.


Peut-on utiliser les mêmes produits en trail et en course sur route ?

En grande partie oui pour les glucides (gels, boissons), mais le trail impose souvent plus de solide et de salé du fait de la durée des efforts et du dénivelé, ce qui influence le choix des produits.


Sources utiles

 
 
 

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